Olivier Razemon et le ‘syndrome des vitrines vides’

Comment la France a tué ses villes

C’est un livre au titre choc que vient de publier Olivier Razemon aux éditions Rue de l’échiquier , journaliste indépendant dont le travail s’articule principalement autour de l’urbanisme et des transports. L’auteur analyse l’actualité via son blog L’interconnexion n’est plus assurée, publié sur lemonde.fr.

C’est une réalité que personne ne peut plus ignorer désormais : les villes moyennes françaises vont mal. Entre fermeture des commerces, départ des plus riches et élus locaux fatalistes, c’est un portrait de villes à l’agonie que dresse le journaliste.

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Résumé du livre:

Des vitrines vides et sombres, des façades aveugles, des stores métalliques baissés. Calais, Agen, Le Havre, Landerneau, Avignon, Lunéville… la crise urbaine ronge les préfectures et sous-préfectures, les détruit de l’intérieur. Les boutiques abandonnées ne constituent que le symptôme le plus flagrant d’un phénomène plus large : la population stagne, les logements sont vacants, le niveau de vie baisse. Alors que se passe-t-il ?

L’offensive délibérée de la grande distribution, en périphérie, tue les commerces du centre-ville et des quartiers anciens, et sacrifie les emplois de proximité. Mais les modes de vie sont fortement liés aux modes de déplacement. Ainsi, au-delà de la dévitalisation urbaine, cet ouvrage observe les conséquences, sur le territoire, de la manière dont on se déplace. Partout, la voiture individuelle reste considérée comme une obligation, un dû. Or, parce qu’elle occupe de l’espace et génère bruit et pollution, la motorisation contribue largement à l’asphyxie des villes.

Comment la France peut-elle sauver ses villes ? Il n’existe nulle solution miraculeuse, mais une série de petits pas, de décisions empreintes de sobriété.

Notre avis:

« Comment la France a tué ses villes (et ses villages) est un livre-enquête sur la dévitalisation des villes moyennes françaises. La grande distribution et la voiture individuelle portent bien sûr une lourde part de responsabilité mais personne n’est cloué au pilori : le propos n’est pas agressif et est solidement étayé par de nombreuses années d’observation et d’étude du phénomène. C’est passionnant même si le sujet peut paraître déprimant tant le mal est avancé. Un certain nombre de solutions sont toutefois exposées, pour aider la France à sauver ses villes, mais aucune n’est miraculeuse. Il s’agirait plus d’orientations à privilégier, toutes allant dans le sens de la sobriété ». Claire

Afin de mieux illustrer ces propos, nous avons choisi de vous présenter deux extraits  :

« Les commerces meurent, le FN monte » 

« L’Ifop a observé la corrélation entre la présence de commerces et de services dans un village et le succès électoral du FN. Aux élections européennes de juin 2014, le FN arrive en tête avec 24.9 % des voix en France. Le parti d’extrême-droite atteint en moyenne 30.8 % des voix dans les communes de moins de 500 habitants dans lesquelles on ne trouve ni commerce ni service, mais « seulement » 23.5 % dans les communes disposant de 6 activités ou plus. On retrouve la même corrélation dans les communes de 500 à 1000 habitants, avec un score du FN atteignant 31.8 % lorsque la commune n’est pas équipée et 25.6 % lorsqu’on trouve 8 ou 9 entités. « Le vote frontiste décline linéairement en fonction du nombre de commerces et de services présents », souligne l’Ifop, qui précise: « Moins il y a de commerces ou de services, et a fortiori s’il n’y en a aucun, et plus le sentiment d’abandon, de déclin, et d’isolement sera puissant, avec comme corollaire un vote FN « dopé ». » L’Ifop a même calculé quels types de commerce avaient le plus d’influence sur le comportement des électeurs. Le bureau de poste fait tomber le vote FN de 3,4 points, quand l’épicerie le fait reculer de 2.5 et le café de 2.1. La boulangerie, en revanche, ne fait baisser le FN que d’un point »

« Les boutiquiers » 

« Les petits commerçants n’ont pas bonne presse. Ils pestent continûment contre la lourdeur des taxes, la complexité des normes, les difficultés d’embauche, et, à les entendre, ils se font braquer trois jours sur quatre. Ils n’ouvrent pas tous à l’heure du déjeuner et certains restaurateurs refusent même de servir après 21 heures. Ils travaillent bien assez, affirment-ils en maugréant, même si leurs affaires ne sont jamais assez bonnes qu’autrefois. Individualistes, ils forcent sur les prix et n’hésitent pas à employer épouse et progéniture, naturellement sans les payer, parce que le personnel, ça coûte cher. Libéraux quand ça les arrange, conservateurs le reste du temps, ils sont contre la concurrence sauf lorsqu’ils y gagnent. Le maire, quelle que soit sa couleur politique, aimerait tant se prévaloir du soutien des commerçants, s’ils n’étaient pas si grincheux. En comparaison, le discours aimable et consensuel du représentant formaté d’une grande surface est tellement plus agréable »

(…)

 » Et pourtant, les commerçants forment l’ossature de la vie locale, ils assurent une présence, surveillent la ville, la sécurisent sans même sans rendre compte. Les boutiques créent de l’emploi, leur chiffre d’affaires est rarement financiarisé, leur survie et le joli sourire des vendeurs ne s’inscrivent pas dans le cadre de juteuses opérations de marketing. Des commerces achalandés, au sens véritable de ce mot, c’est-à-dire attirant de nombreux chalands, animent la rue, le font vivre. Sans commerces, la ville n’existe pas. »

Vous pouvez également lire deux interviews de l’auteur sur le site d’Urbis, magazine qui se questionne sur les problématiques de l’urbanisation ainsi que sur l’excellent site midi:onze. : 

« Je suis choqué de voir que pas un prétendant à l’élection présidentielle n’évoque ce sujet (la dévitalisation des centre-villes). Pas un seul. Dans les programmes, la dévitalisation urbaine est vaguement classée dans la catégorie « espace rural, aménagement du territoire » ou « croissance et emploi », mais cela principalement reste un sujet local. Les élus nationaux ne s’en préoccupent pas. »

Vous retrouverez cet ouvrage au Chat Pitre, librairie indépendante depuis 1999 (18 euros), ainsi que les autres livres d’Olivier Razemon

 

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